INTERVIEW 2IN
Je m’appelle Anaïs Hetzel, diplômée d’un master en design graphique depuis un an, mais passionnée par l’art depuis aussi longtemps que je me souvienne. Mes premiers souvenirs sont liés au dessin, un passe-temps qui s’est rapidement transformé en vocation grâce au soutien indéfectible de mes parents. Ensemble, nous passions des heures à visiter des musées, et je remplissais mes journées à griffonner tout ce qui me passait par la tête.
C’est véritablement à partir de la 3ᵉ que mon parcours artistique a pris une direction plus concrète. J’ai intégré une école d’art, et depuis la seconde, l’art occupe une place essentielle dans ma vie. En chemin, j’ai exploré plusieurs disciplines : de la tapisserie au design textile. Si le textile reste aujourd’hui un loisir où je crée des coussins ou restaure des sièges pour ma famille, c’est dans le design graphique que j’ai trouvé mon véritable moyen d’expression.
Mon travail artistique est intimement lié à ma réflexion sur l’identité. Née en Haïti et adoptée à l’âge de 4 ans, j’ai vécu une reconstruction culturelle et personnelle dès mon plus jeune âge. Pendant longtemps, j’ai rejeté cette partie de moi pour m’adapter à mon environnement. Ce n’est qu’au lycée que j’ai commencé à m’interroger sur mon identité, sur mon adoption, et plus précisément sur ma représentation en tant que femme noire. Ces questionnements sont aujourd’hui au cœur de mes créations.
À travers mon projet Atelier Sianah (un anagramme de mon prénom, Anaïs, enrichi par le "H" de mon nom de famille), je mêle mon histoire personnelle à une recherche artistique. Certaines de mes œuvres intègrent des prénoms comme Renise, mon prénom de naissance donné par ma famille biologique, ou Anaïs, celui de ma famille adoptive. Ces choix reflètent ma dualité identitaire et enrichissent le storytelling de mes illustrations.
Côté créativité, mon processus est spontané, parfois un peu désordonné, mais toujours authentique. J’aime m’imposer des thématiques pour mes projets, comme ma collection Afro-Summer, célébrant la richesse des cheveux afro. Pour cela, j’ai mené des recherches sur ce sujet, y compris sur mes propres cheveux, que je connaissais peu. Mon processus varie entre des croquis abstraits liés à la nature, réalisés directement dans mon carnet, et des dessins sur tablette où je prends plus de temps à composer et colorer. Même dans la procrastination, je laisse mûrir mes idées jusqu’à ce qu’elles s’assemblent comme un puzzle.
Ma clientèle est principalement composée de femmes, âgées entre 16 et 40 ans, bien que mes œuvres touchent aussi un public masculin lors d’événements comme les marchés. Je reçois également des retours émouvants, notamment de femmes adoptées comme moi, qui trouvent dans mes œuvres un écho à leur propre parcours. Ces échanges me rappellent que mon art dépasse les frontières de l’apparence pour s’adresser à toutes les femmes, quelle que soit leur origine.
Concernant la représentation des femmes noires dans l’art et la culture visuelle, je suis optimiste. Nous assistons à une évolution significative : les femmes noires prennent davantage de place dans des domaines variés comme le cinéma, la musique ou l’art visuel. Cela dit, je pense que l’art devrait transcender les distinctions de couleur de peau. Mon souhait est que l’on valorise les artistes avant tout pour leur talent et leur vision, sans réduire leur travail à des critères ethniques.
Je débute encore dans ce parcours artistique, mais je suis fière des progrès accomplis en un an. Mon art reste un espace d’exploration et d’expression, un moyen de célébrer la diversité tout en continuant à apprendre sur moi-même. À travers Atelier Sianah, je veux non seulement raconter une histoire personnelle, mais aussi offrir une représentation sincère et inclusive.
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